jeudi 23 janvier 2014

Festival PRÉSENCES ÉLECTRONIQUES 2014

A Paris du 28 au 30 mars 2014 


Vendredi 28
19h (Salle 400)
Maja RETKJE
21h (Nef Curial)
Francis DHOMONT
MIMETIC
Nicola RATTI
Mark FELL

Samedi 29
16h (Salle 400)
Christine GROULT + Beatriz FERREYRA
18h (Salle 400)
Pôm BOUVIER B.
Bertrand GAUGUET
20h (Nef Curial)
Bernard PARMEGIANI
MATMOS
Christian FENNESZ

Dimanche 30
16h (Salle 400)
Ottoann A
Esther VENROOY
18h (Salle 400)
Asmus TIETSCHENS
20h (Nef Curial)
Jean SCHWARZ
Xavier GARCIA + Lionel MARCHETTI
NURSE WITH WOUND



  

















AUBE 
"Le syndrome aquatique" 
Silentes Minimal Editions, 2008. 
Réédition de l'album "Aqua Syndrome" sorti en 1997, avec un deuxième CD de bonus live enregistrés en 1997, en Allemagne et au Japon.

L'intention de départ paraissait noble et chargée d'espoir : réaliser une musique à partir de sons naturels d'eau. D'eau qui coule à torrent, au goutte à goutte, en pluie, qui bouillonne, tourbillonne, qui ronfle quand elle suit son cours tracé dans le paysage.
Hélas une intention, aussi noble soit-elle, n'a jamais remplacé une solide réflexion sur l'architecture à donner à ses sons, même les plus beaux. Ici, le japonais Akifumi Nakajima, l'homme qui se cache derrière le projet Aube, a trop tourner avec un panel de sons réduit à un monomaniaque "glou-glou", plusieurs goutte à goutte et quelques ronflements liquides, resserre considérablement le champ des possibles et se retrouve contraint, le dos au mur, à se répéter et à accumuler les effets pour essayer de faire passer la pilule. Et que je te rajoute de la réverbération en veux-tu en voilà, et que je te noies les sons dans le delay et dans les grondements magmatiques (bonne idée mais le résultat est un peu court), et que je laisse tourner une boucle d'écho de goutte pendant cinq minutes comme dans la fin de "Aqua syndrome II" alors même que ce morceau est peut-être le meilleur moment de ce disque avec son superbe crescendo des cinq premières minutes... qui se termine donc, malheureusement par une accumulation de gouttes réduisant à néant et diluant l'effet de départ. A d'autres moments la matière utilisée est tellement rachitique que la pièce s'écroule avant même d'avoir pu entamer une quelconque élévation ("Refloatation" et ses 17 minutes).
Ce disque fait partie de ces œuvres à fort potentiel mais dont les promesses non tenues laissent un mauvais goût de ratage, une frustration à la hauteur de la déception, même si cela n'est pas dommageable à la qualité de certains autres disques de Aube à l'instar de son magnifique "Métal de métal" sorti seulement un an avant. Comme quoi le monsieur semble plus inspiré par le métal que par son éternel ennemi corrosif.

mardi 21 janvier 2014
















 

Alexandre Galand 
"Field recording : l'usage sonore du monde en 100 albums"
Collection Formes
Éditions Le Mot et le Reste, 2012.

Mais qu'est-ce donc cet anglicisme de plus se dit le novice quand il se retrouve devant ce terme au détour d'une chronique de disque. L'usage voudrait qu'on utilise le terme français "enregistrement de terrain" sans apporter plus de réponses aux questionnements de notre quidam précédent.
Quelques éclaircissements s'imposent en préalable et qui mieux que l'auteur du livre en question pourrait en parler : "Tout au long du vingtième siècle, des hommes ont parcouru le monde afin de capter des curiosités sonores pour des raisons scientifiques, patrimoniales et esthétiques. Ce sont des audio-naturalistes, des collecteurs de musique traditionnelle, mais aussi des compositeurs avides de découvrir un nouveau matériau musical. Les microphones sont leurs outils, voire leurs instruments, l'écoute est leur méthode d'approche." Les bases de la structure du livre sont posées, les deux grandes parties (une de présentation théorique contenant trois entretiens et une autre avec les fameuses 100 chroniques) seront séparées en trois chapitres recouvrant les trois orientations du travail d'enregistrement de terrain : "Capter les sons de la nature" - "Capter les musiques des hommes" - "Composer". L'auteur, docteur en Histoire, Art et Archéologie, arrive à capter l'attention, à faire aimer son sujet d'étude, tout en le replaçant, délicatement, dans le contexte des grands chambardements musicaux et scientifiques du vingtième siècle, avec la naissance de l’ornithologie, l'ethnomusicologie et la musique concrète. Le "field recording" est le fils naturel des révolutions technologiques et théoriques, comme si Pierre Schaeffer jonglait avec des Nagra. Bel exemple de vulgarisation scientifique, tout en gardant la rigueur en bandoulière, ce livre est un enchantement par le réservoir de découvertes qu'il procure, on saute de sons de grenouille américaine à un disque réalisé à partir des (micro)vibrations d'immeuble, tout en passant par les jeux de gorges des inuits, les brames des cerfs ou le chant de lacs gelés (réalisé avec des hydrophones). Plusieurs grands noms de la musique expérimentale sont là : Luc Ferrari, Steve Reich, Henri Pousseur, Alvin Lucier, Bernard Fort, Pierre Henry, Charlemagne Palestine aux cotés de plus jeunes mais pas moins talentueux : Lionel Marchetti, Francisco Lopez, Eric Cordier, Michael Gendreau, Bj Nilsen... Le champ des possibles est quasiment illimité, tant le monde qui nous entoure est source de sons, donc de musique selon les intuitions de John Cage et de la musique concrète !
Avec ce livre, au demeurant très bien écris chose assez rare pour être souligné, Alexandre Galand signe une très belle porte d'entrée à un genre méconnu mais qui devrait intéresser toutes les oreilles en quête d'horizons nouveaux et aventureux et en même temps ceux fascinés par le son sous toutes ses formes et que la radio (je pense, entre autres, à certaines émissions de Radio France comme les Nuits Magnétiques ou l'Atelier de Création Radiophonique) nous a déjà habitué à "montrer" d'une belle manière.

lundi 6 janvier 2014


















DANIEL MENCHE
"Glass forest"
Important records, 2008.

Le froid et le paysage qu'il génère m'ont toujours fasciné. La pétrification des objets et de la nature, la pureté blanche des étendues figées et le silence létal qui en résulte me procurent un sentiment, paradoxalement, de quiétude et de sécurité. Comme si le tumulte de la vie quotidienne et l'irrémédiable et compulsif saut en avant s'arrêtaient pour un instant, le froid imposant ses codes, son propre rythme, son appréhension de la vie, ses impératifs singuliers comme la goutte suspendu au bout du bout d'une stalactite. L'inconfort d'un climat froid implique des mécanismes de défense et d'adaptation qui bouleversent notre rapport à la nature et avec nos congénères, il impose une rigueur, des stratégies de survies et une coopération qui restent rivées à une stricte économie des ressources et des dépenses de tous les êtres vivants peuplant ces aires géographiques.
Dans la sphère des musiques expérimentales et plus particulièrement celles dont la thématique tourne autour du froid, ce "Glass forest" de Daniel Menche pourrait se placer comme un énième avatar d'une longue file indienne de productions. On peut citer "Amarok" ou "Wind" de Francisco Lopez, les productions de Thomas Köner comme son excellent "Permafrost" ou son dernier, le superbe "Novaya Zemlya", chroniqué ici même, "Portrait d'un glacier (Alpes, 2173m)" de Lionel Marchetti, la pièce "Vatnajökull" extraite du "Weather report" de Chris Watson, le "Baikal ice" de Peter Cusak, et on pourrait continuer pendant encore un moment cela ne prouverait qu'une seule chose, si jamais preuves devaient être apportées, que la musique expérimentale n'est pas restée de glace (hum!) devant les étendues glacées.
Tout naturellement ce "Glass forest" se place dans la lignée de ces productions pré-citées, comme si un climat ne pouvait produire qu'une typologie sonore bien définie, banal truisme me direz-vous ? Et pourtant d'un disque à l'autre d'étranges variations, différences, recompositions, déformations se confrontent, s'établissent et suivant que le compositeur "parlera" d'un glacier d'altitude et d'un autre se désagrégeant dans les eaux de plus en plus chaudes des océans, leurs vibrations et leur acoustique générale changeront du tout au tout. Petite précision, mais de taille, nous parlons ici d'une musique qui n'utilise que ce que les anglo-saxons appellent des "fields recordings", autrement dit des enregistrements de terrains, c'est à dire que les compositions qui nous sont données à entendre ne sont réalisées qu'à partir de prise de sons de glaciers, de tassements de neige, craquements de branches sous le poids de la neige, de paysages ou de foret en train de geler ou de dégeler comme dans ce "Glass forest" où dans le deuxième mouvement (l’œuvre comporte trois "mouvements" comme la forme "classique") on assiste à une véritable symphonie pour orchestre de gouttes, alors que dans le premier nous ressentions la lente fixation dans l'immobilité de géants verts, comme saisis et retenus par une force invisible qui les stopperaient net, leur vie encapsulée dans un exosquelette de verre.
Mais trop en dire serait sacrilège et conduirait à réduire à néant l'effet de surprise des différents déroulements de la musique de ce disque. Encore une fois et surtout pour ceux qui connaissent les (nombreux) précédents disques de l'américain, Daniel Menche arrive à captiver par son talent de composition et ce qu'importe les sources utilisées ou les thèmes abordés. Pour les amoureux des territoires de "verre" ce disque est un nouveau bloc de glace apporté à l'édifice.


dimanche 18 novembre 2012

Pierre Boulez et l'Ensemble Intercontemporain à Bordeaux


 
Pierre Boulez dirigera l'Ensemble Intercontemporain, en tant qu'orchestre invité et avec comme solistes la mezzo-soprano Christina Daletska et la violoniste Hae-Sun Kang.

Les pièces jouées :

Gérard Grisey - Modulations pour 33 musiciens

Brice Pauset - Vita Nova, sérénades

Philippe Manoury - Gesänge-Gedanken mit Friedrich Nietzsche

Pierre Boulez - Dérive 1 pour 6 instruments

Cela se passera dans la nouvelle salle "L'Auditorium" à Bordeaux (qui sera inaugurée en janvier de la même année) le mardi 19 février 2013 à 20h00.

Prix des places : de 8 à 35 euros

Réservations :  Opéra National de Bordeaux

Localisation :  9-13 cours George Clemenceau à Bordeaux.





mardi 13 novembre 2012

AIR "Le voyage dans la Lune"

















AIR
"Le voyage dans la Lune"
1 CD + 1 DVD
Aircheology/Virgin/EMI, 2012.

Le Voyage dans la Lune, oui vous avez bien lu, le film mythique de Georges Méliès sorti en 1902 et, fait étonnant pour être noté, première œuvre cinématographique à être classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Oui je sais, en soi, ça n'a pas grande valeur et ne veut pas dire grand chose.
Cette bande originale concerne une version invisible de longue date, colorisée de la main de Méliès. On l'a cru perdue et fut retrouvée en 1993 à Barcelone, la bande ayant été très endommagée et quoi de plus normal pour une vieille dame âgée de 91 ans, une longue période de restauration fut décidée et c'est cette version colorisée restaurée qui fut présentée pour la première fois en ouverture du 64ème Festival de Cannes le 11 mai 2011. À l'époque de la sortie du film, les projections étaient toujours accompagnées d'un musicien sur scène mais pour cette première diffusion c'est une bande son originale, composée par le groupe AIR, qui fut utilisée et spécialement composée pour le film et enfin éditée cette année couplée à un DVD contenant le film.
Quoi de plus normal de prendre Air dont le penchant pour les ambiances rétro-futuristes n'est plus à prouver, car c'est d'un véritable retour vers le futur dont nous avons à faire. Ce qui d'emblée, comme le film est parfaitement muet, peut frapper c'est l'évidente adéquation des sons avec les images qui défilent devant nos yeux embrumés par la magie réelle et perceptible qui se dégage des presque seize minutes du "long" métrage. C'est un univers semblant venir de la nuit des temps pour notre époque où les images, prégnantes, ont envahie notre vie, nos pensées, nos représentations et nos affects. Quelles pouvaient être les réactions de nos ancêtres devant ces personnages animés d'une vie propre, extérieurs à eux-même ? Quelles croyance tenaces, quelles convictions, quelles pensées furent mises en échec par ces images ? Quelles interrogations métaphysiques ont pu naître devant le propos du film, même si tout ça reste de la comédie ? Car c'est peut-être là l'autre aspect intéressant du film, outre le parti-pris artistique purement formel, nous avons l'impression de voir s'étaler devant nous une foule d'indications sociologiques sur comment vivaient des gens du début du vingtième-siècle avec leurs représentations, leur tics face à l'adversité, leurs valeurs et leurs organisations sociales. Mais quid de toutes ces questions, je vous laisse seul juge devant ce que vous verrez, si jamais j'avais fait naître en vous l'envie de le voir. Revenons à nos moutons versaillais !
La musique de Air, fidèle à elle-même, mêle l'ancien et l'actuel avec une maestria rarement entendu. La production affûtée et ciselée, façonne certains morceaux comme des blocs de temps échappés d'un bout des années 70 mais avec toujours ce petit plus non reconnaissable qui lui donne un air (hum!) contemporain. Collant parfaitement aux images, elle les fait ressortir dans leur beauté presque nue, sans surcharger la narration, sans en rajouter dans le surlignage, les voix étant utilisées à dose homéopathique, ce sont les rythmiques analogiques, les accords de piano graves ou l'électronique "moogienne" qui se charge de relever la sauce. Comme dans chaque album de Air il y a aussi une ou plusieurs bombes qui dès les premières notes vous change le visage, faisant naître un petit rictus approbateur doublé de petits mouvements de tête et des doigts de pieds et ici pour ce qui nous concerne, ce sera au choix, c'est selon, les titres "Parade", "Sonic armada" ou "Cosmic trip" véritables hymnes rétro-futuristes coincés entre un vieux Kraftwerk, le Gainsbourg de Melody Nelson et une espièglerie à la François de Roubaix, une cavalcade par dessus les épaules du psychédélisme et de la new-wave.
Une belle musique, simple mais pas simpliste, évidente mais chargée d'émotions accompagnant un film historique et touchant qui vous ferrons passer une soirée charmante et agréable comme un bon feu de cheminée. Recommandé par tonton Mangetout !!!

lundi 12 novembre 2012

David Sylvian & Holger Czukay "Plight & Premonition"


David Sylvian & Holger Czukay
"Plight & Premonition"
Virgin, 1988.


David Sylvian fasciné, dans ces années 80 finissantes, par les créateurs pop les plus en pointe des années 70, après avoir collaboré avec Robert Fripp ou Jon Hassell sur ces précédents albums, réalise un genre de rêve pour toute cette génération de jeunes gens issus de la new-wave, réaliser un album avec le bassiste du mythique groupe allemand CAN et qui plus est l'enregistrer dans leurs non-moins mythiques studios à Cologne sur leurs terres allemandes.
Improvisé et enregistré en deux nuits, sûrement dans ces régions temporelles ambivalentes où le sommeil veut s'imposer et contre lequel le cerveau et les muscles produisent quantité de défenses afin de lutter contre ses doux et insistant appels.
Car ce qu'on entend dans ces deux pièces de près de vingt minutes, binôme en rappel au bon vieux temps des longues fresques du rock allemand, est d'une évanescence, d'une transparence et d'une fluidité qui fait penser aux sentiments que l'on peut ressentir lorsque dans cette phase très particulière entre la veille et le sommeil léger notre conscience par encore totalement endormie capte des stimuli extérieurs, les intègres, les ingères et leur fait jouer un rôle autre, comme un événement accidentel qui s’insérerait dans le scénario d'un film en plein tournage, état hypnagogique propice aux hallucinations et autres troubles sensoriels.
Confortablement allongé sur un matelas électronique ondulant, nous entendons défiler tour à tour les fréquences d'une radio imaginaire ou réelle, les voix de communications dans une langue que l'on devine venant de l'est, mais que bizarrement nous ne connaissons pas et quantité d'autres événements non identifiés, vrilles bruitistes mais non agressives, fantômes sonores, nappes brumeuses, cliquetis, télégraphe venant d'un autre monde, déraillements harmoniques abruptes, flûtes "volantes", piano déformés, cordes masquées, filtrées par on ne sait quel filtre.
Nous passons en moins de quarante minutes un véritable rêve éveillé au milieu de quantité de corps sonores dont les provenances nous auraient été cachées. Un bien beau voyage dont l'étape discographique suivante, avec toujours les même intervenants (plus d'autres membres de CAN), nous parlera de flux et de mutations.


 

dimanche 11 novembre 2012

 Concert-lecture des lauréats du 

Conservatoire de Bordeaux

Le 6 décembre 2012 à 18h
au Forum des Arts et de la Culture de Talence

Présenté par Jean-Michel Rivet :

Venez apprécier le travail acousmatique de  
Julie Mansion-Vaquié et Christophe Ratier 
sur un orchestre de haut-parleurs dans l'auditorium du Forum
et échanger avec eux sur leur travail.

jeudi 8 novembre 2012

Tangerine Dream "Rubycon"


















Tangerine Dream
"Rubycon"
Virgin, 1975.

Sixième galette du trio allemand, ce "Rubycon" scelle le destin du groupe par un passage au "tout électronique". On pouvait encore entendre, ici ou là, dans son prédécesseur et excellent "Phaedra", les notes éparses d'instruments acoustiques ou électriques, mais dans celui-ci, quand les Fender-Rhodes, Mellotron ou cymbales sont utilisés, ils sont volontairement détériorés par les traitements électroniques, les faisant ressembler à des mouettes, des crissements, des vagues...
C'est donc volontairement un point de non retour dans sa chair et son sang même et qui plus est le disque ne comporte que deux grandes pièces qui ont été coupées pour des raisons techniques, à l'époque les deux faces étaient limitées par la durée du vinyle soit deux fois 30 minutes maximum (ce que Klaus Schulze réussira à faire). Fini les petites pièces, place aux grands développements donc.
C'est aussi à la fin de l'enregistrement de cet album (en janvier 1975 au Manor, le studio-résidence de Virgin, tout comme "Phaedra") que Peter Baumann fût viré du groupe après, semble-t-il, un échange virulent avec Edgar Froese. 
Qu'entendons-nous qui nous pousse à passer ce fameux "Rubycon" pour aller à l'assaut des cathédrales du rock ?
La première pièce débute très calmement, dans la pénombre, par des bruits flottants avec au second plan un Mellotron tissant minutieusement sa toile mélodique. On matérialise, sans peine, des oiseaux, basculants à tire d'ailes du bord abrupte d'une falaise de craie, puis captant un courant aérien, planent au dessus des flots. En dessous d'eux, les vagues de l'océan se brisent sur le récif, un climat s'installe et les rouleaux passent et se cassent telles les assauts d'une charge de cavalerie au galop. Soudain, au fur et à mesure de l'avancée de nos volatiles voyageurs, une cité se découpe au loin et, de ses mille feux, éclaire l'immense étendue bleutée. Comme un guide qui arriverait à point nommé pour nous prendre la main, la rythmique séquencée se met en branle. Les notes syncopées par le séquenceur nous font visiter la ville, ses rues et ses édifices majestueux. De larges avenues coupées par autant de ruelles, dessinent des lignes géométriques se perdant avec la ligne d'horizon, les buildings grattant le ciel comme il se doit et plus si affinité, au sol, les véhicules, animés par on ne sait quelle énergie, fourmillent d'activité. Au delà de cette cité s'étend d'immenses plaines verdoyantes, c'est là que nos fidèles volatiles peuvent enfin se reposer et reprendre des forces. Nous en profitons pour nous détendre et rassembler notre esprit et nos sens afin d'aborder en bonne constitution la deuxième pièce. Cette dernière débute à grand renforts d'ondes planantes et de chœurs qu'on croiraient tout droit échappés d'une pièce de Ligeti et l'on matérialise les immenses plaques noires de 2001 Odyssée de l'espace, inquiétante survivance d'une civilisation passée. Le morceau évolue à son rythme, sans brisure intempestive, une séquence apparaît dessinant d'improbables vent terrestres, de toutes parts viennent se greffer des plaintes de revenants, plus loin des sons irréels comme ceux, métalliques, du ressac sur une plage de galets.
Trente cinq minutes après un début qui nous semble à des années lumières de notre point de chute, nous ressortons ébahi, lavé et purifié par les complexes dégagements spirituels de cette musique, dont on se passera volontiers de chercher des ancêtres glorieux (même si on pense parfois à Debussy, Satie ou Honegger). Elle existe par elle-même, pour elle-même et surtout au service du développement de la psyché de celui qui la reçoit !


Festival PRESENCES ELECTRONIQUES 2013


 
Festival Présences Electronique 2013, dans le cadre de la programmation de l'INA-GRM, du 5 au 7 avril 2013 :

Vendredi 5

  • 18h (Salle 400) LEILA
  • 20h (Nef) Morton SUBOTNICK, Felix KUBIN, Helena GOUGH, KTL = Peter REHBERG + Stephen O’MALLEY

Samedi 6

  • 16h (Salle 400) Kazuyuki KISHINO (aka KK Null)
  • 18h (Salle 400) Tomoko SAUVAGE, Laurent DAILLEAU
  • 20h (Nef) Edgardo CANTON, BIG = Edward PERRAUD + Frederik GALIAY, Robert HAMPSON, Keith FULLERTON WHITMAN

Dimanche 7

  • 16h (Salle 400) Jean-Claude ELOY
  • 20h (Nef) Martin NEUKOM, Goran VEJVODA, David CHIESA, Ben FROST


en coproduction avec RadioFrance et le centre CENTQUATRE

PARIS /CENTQUATRE
5, rue Curial 75019 Paris - Métro : RIQUET


Iancu Dumitrescu/Ana-Maria Avram "Mnémosyne et autres pièces"
















 Iancu Dumitrescu/Ana-Maria Avram
"Mnémosyne et autres pièces"
Artgallery, 1995.


Compositeur et chef d'orchestre, Iancu Dumitrescu est né en 1944 en Roumanie, diplômé du Conservatoire National de Bucarest et a été élève du compositeur et prestigieux chef d'orchestre Sergiu Celibidache (mort en 1996). Ana-Maria Avram, née en 1961 en Roumanie elle aussi, est pareillement diplômée du Conservatoire National de Bucarest ainsi que de notre vénérable Sorbonne.
Ces deux compositeurs ont longtemps représenté les deux têtes de pont d'une certaine avant-garde roumaine, alliant radicalité et novation dans le sillage de l'Ecole Spectrale (Grisey, Murail...).
Les six compositions présentes sur ce disque (trois par compositeur) ont toutes en commun une certaine recherche poussée sur le son et sa (dé)composition.
De raclements sourds en avalanche de percussions, de climats sombres et expressionnistes en résonances lentes et profondes, nous baignons tout au long de ces soixante-dix minutes, dans un magma incandescent, agité de soubresauts frénétiques.
Nous avons droit au long étirement du matériau sonore à la limite de la rupture de "Mnémosyne" (la déesse de la mémoire dans la Grèce antique) pièce maitresse du disque dans laquelle les sons saturés de la flûte et du saxophone rivalisent en férocité avec les percussions et le timbre métallique du piano préparé. Cette composition est un peu l'exemple idiomatique des idées acousmatiques chères à François Bayle appliquées à des sources non électroniques ou bruitistes. Les provenances sonores sont tellement masquées, filtrées par les agencements de compositions qu'on ne sait de quel instrument sortent les sons qui occupent l'espace.
Plus loin, les percussions de "Impulse" se déchaînent et ne laissent que leur empreinte magnifiée par les résonances amples et profondes sur lesquelles planent les mouvements furtifs de la flûte. Un morceau à l'atmosphère mystérieuse et éclatée.
Ailleurs, avec la pièce "Clusterum" pour percussions, nous assistons au va-et-vient d'une charge de cavalerie, entrecoupée de fracassantes décharges de coups de canons en cascades, du moins c'est ainsi que nous l'interprétons.
Quand aux pièces pour flûte (dont une pour percussions et flûte) d'Ana-Maria Avram, elles sont le théatre de longues prises de respiration avant le souffle dans l'instrument procurant un haletant plaisir en même temps qu'un "présence", une aura spirituelle soufflant sur les ténèbres de l'humanité ("Quatre études d'ombres"). Souvent seul, l'instrument à vent démultiplie les plans, superpose les timbres dans un climat irréel.
Musique sèche et volontairement abrupte, ne laissant aucune place au frivole et à l'accès facile, l'auditeur doit s'investir totalement dans ces univers exaltants pour en saisir les contours étranges et en retirer toute la pulpe.

mercredi 7 novembre 2012

Iannis Xenakis "La légende d'éer"


















Iannis Xenakis
"La légende d'Eer"
Pièce créée en 1978
Auvidis/Montaigne, 1995.

Il leva un œil.
Péniblement il se redressa et contempla l'immensité bleu cobalt qui s'étendait à perte de vue.
Il était seul au monde !
Sa barque flottait, immobile, silencieuse, synthétisant ses doutes, ses espoirs et ses craintes.
Le soleil pénétrait sa chair, desséchait ses muqueuses et aplatissait son humanité.
Progressivement le ciel se couvrit, sa frêle embarcation fut prise d'agitations, le vent commença à creuser la matière liquide, la pluie et l'orage saturaient l'atmosphère, les éléments déchaînés exprimaient la colère de Dieux autrefois bafoués, les vagues se changeaient en scies circulaires coupant tout sur leur passage, le bois souffrait tel les plaintes des âmes mortes, le souffle aigu des bourrasques vrillait les tympans, l'apocalypse était là, maintenant !
Comme pris par une main venue des cieux et dont l'étreinte écraserait la respiration, le minuscule équipage fut patiemment, implacablement, résolument, tiré vers le sommet d'une vague qui dominait de son écrasante supériorité les autres masses liquides environnantes...
Quarante minutes plus tard, le calme reprenait sa place dans son écrin plat, sans présence humaine à l'horizon. 

POL "Transomuba"


















POL
"Transomuba"
Odd Size Records, 1994.

"Transomuba" est le premier album de ce groupe, POL (pôle en allemand), constitué de C-Shulz, Christopher Kahse et Marcus Schmickler ce dernier ayant sorti, en 1993, un disque préfigurant en quelque sorte celui-ci, nommé "Onea Gako", il était paru sur le même défunt et excellent label français Odd Size Records.
Le résultat de cette collaboration est une tentative (exercice de style ?) de croisement de genres qui rarement se rencontrent préférant chacun creuser leur sillon en ignorant celui des autres.
Ce qui d'emblée, dès le premier morceau, surprend c'est l'ampleur du son, la spatialisation haute en couleur et les riches textures, on sent que nos trois lascars possèdent de sérieuses compétences question production.
On passe d'une danse tribale ample et sophistiquée (les arrangements de bout en bout sont de toute beauté), mêlant rythmique électronique puissante, chant africanisant, samples de feu de bois et boucle synthétique ondulante (les 14 minutes de "Amupa") à un télescopage de voix délayées dans la réverbération sur une rythmique souple et dub rappelant certains morceaux de The Orb (période "Adventures beyond the ultraworld") pendant que la pluie tombe, puis ce morceau ("Abatu") s’enchaîne au suivant avec une évidence parfaite et nous évoluons vers un univers que n'aurait pas renié Gong ou Ozric Tentacles où les guitares pratiquent une danse du cobra avec des lead synthétiques tandis qu'un chanteur en retrait énonce d'étranges rituels dans une langue non-identifiée.
Les morceaux défilent et les atmosphères s'enfilent, rythmes métronomiques rappelant CAN par ici (proximité oblige, POL étant aussi de Cologne), fracas de la musique métallique et industrielle par là ("Megawegadga"), on ne s'ennuie pas une seule seconde.
Le plus souvent nous visitons, avec un échantillonneur comme propulseur, les contrées méditatives et rituelles d'une musique qu'on sent pertinemment venir de notre aire occidentale mais comme si nos trois aventuriers étant revenus d'une terra incognita et avaient rapporté quantité de reliques sonores et les avaient hybridées avec le plus fin arsenal moderne. De l'ethno-anthropologico-musique en somme sauf qu'ici l’ethnie étudiée reste encore à découvrir. Un beau voyage en tout état de cause.

mardi 6 novembre 2012

Conrad Schnitzler "Charred machinery"

















Conrad Schnitzler
"Charred machinery"
Artgallery, 1995.

A l'heure où certains labels (Captain Trip, Bureau B) ont déjà commencé un programme de rééditions de certaines de ces anciennes productions, il me paraît de bon ton de revenir sur la musique de ce personnage atypique et légendaire dans le monde en ébullition des musiques électroniques qu'était Conrad Schnitzler.
Mais par où commencer, tant son énorme production pourrait décourager le quidam qui, soudainement pris d'une envie irrésistible, voudrait jeter une oreille, voire deux, sur un disque, pris au hasard, afin d'en retirer un avis péremptoire. Car c'est là où le bas blesse, dans notre belle modernité vacillante, la vitesse étant devenu une valeur refuge, plus personne ne s'arrête un moment pour faire le point, goûter le temps qui passe ou même regarder ce qui, sous nos yeux, est parfois d'une évidence criante. Il faut engranger un maximum d'informations, sans même songer à en retirer quelque chose de personnel, l'impératif catégorique s'imposant à nous de découvrir et décrypter tout ce qui s'offre à nous, souvent sans avoir produit le moindre effort pour ciseler des outils afin d'avoir un point de vue singulier.
Pourquoi ce «Charred machinery» plutôt qu'un autre me direz-vous alors ? Il nous suffit de télécharger en trois fichiers distincts l'intégrale de ses plus de 100 albums et piocher au hasard, pour, si ces pioches ne nous plaisent pas, jeter à la poubelle l'ensemble d'une œuvre qui aura mis près de 50 ans à être produite. Et oui nous en sommes là !
Pour l'avoir découvert lors de sa sortie en 1995 au milieu d'autres de ses albums, je me suis aperçu, dix-sept ans plus tard, que c'était celui-là qui repassait le plus souvent sur ma platine. Pourquoi ? Un semblant d'explication, a posteriori, et si explication il doit y avoir, pourrait être avancé dans le fait que les 64 minutes de ce disque se découpent en trois plages d'égales longueurs dépassant toutes les vingt minutes. Explication un peu courte j'en conviens mais qui a son importance pour celui qui reste sensible aux idées de construction, de développement d'atmosphère, de complexification des variations et autres babioles de ce genre, dépassées aujourd'hui mais qui étaient prégnantes à l'époque de l'enregistrement de ces pièces (elles sont issues de cassettes auto-produites sorties dans les années 70). Autre point qui saute à la figure quand les premiers sons arrivent aux oreilles de l'auditeur c'est la puissance et l'atmosphère pas foncièrement propre et détendue dirons-nous. Car s'il est un point commun à nombre de ses productions c'est son souci personnel de produire une musique impactueuse et qui ne laisse pas de marbre.
Ainsi la première des trois pièces, la bien-nommée «Symphonia mecanica», commence par une séquence, jouant sur l'apparition/évanouissement, baignée dans la réverbération, tandis que ça et là apparaissent moult événements électroniques non-identifiés, se superposant, se contrariant ou s'harmonisant. Au fur et à mesure de la progression toutes ces sources se voient salies par on ne sait quels agressions, comme ces belles constructions métalliques humaines qui, laissées à l'abandon, se retrouvent quelques années plus tard transformées radicalement et dont les surfaces, sous l'action de l'oxydation, se sont mises à produire une couleur et une texture granuleuse qui en font de véritables œuvres d'art naturelles. C'est cela que vous trouverez dans ce disque, parfois elles exprimeront des impressions très «terriennes» à d'autres moment il vous semblera reconnaître un satellite ou une sonde spatiale laissés à leur triste sort d'errance cosmique (la «kosmisch musik» était à l'honneur à l'époque). Nous sommes très proche de ces musiques qui se nommeront plus tard «industrielles», la sophistication et l'ampleur du son en plus, le monsieur jouant sur du matériel analogique pur sucre.
Voilà, rajouter que les thématiques abordées ou les interprétations c'est selon, me touchent plus particulièrement sur ce disque là pourrait être une piste de réflexion supplémentaire, ayant toujours été attiré par les objets laissés à l'abandon par la civilisation ou pire les endroits hostiles où l'homme, contraintes oblige, n'a pu mettre ses pieds et le reste que très modérément et vous avez au final un bon cocktail d'écoute au casque plongé dans le noir avec les frissons qui vont bien.

dimanche 4 novembre 2012

Thomas Köner "Novaya Zemlya"


















Thomas Köner
"Novaya Zemlya"
Touch, 2012.

Thomas köner est un musicien et ingénieur du son allemand en activité depuis plus d'une vingtaine d'années dans le cénacle de la musique électronique. Pour ce douzième album il nous emmène en Nouvelle-Zemble (nouvelle terre en russe) archipel appartenant à la Russie et situé dans la partie septentrionale du pays entre l'Océan Arctique, la Mer des Barents et la Mer de Kara. Un endroit aride, très montagneux, fait de glaciers, d'une toundra typiquement russe et où néanmoins près de 3000 personnes vivent encore, la plupart pour des motivations scientifiques. Fait notable, ces îles, après avoir été vidées de leur population dans les années 50, ont été le théâtre des expérimentations nucléaires de l'URSS jusque dans les années 90 avec notamment l'essai de 1961 dit de la « Tsar Bomba » plus grosse bombe H jamais réalisée, volontairement limitée à 50 mégatonnes, elle devait à l'origine atteindre la puissance de 100 mégatonnes, à titre d'exemple celle d'Hiroshima dégagea aux alentours de15 kilotonnes.
Le nord et ses déserts de glace est une thématique familière de notre cher cousin germain, thème que l'on peut retrouver dés ses premiers albums « Nunatak », « Teimo » et « Permafrost », sorte de "trilogie" rééditée dans le très beau coffret sorti en 2010 sur le label anglais Type.
C'est avec ce décor comme substrat que Köner réalisa ces trois pièces à l'atmosphère tendue et sombre, avec une économie en matière sonore qui force le respect et démontre encore une fois que le moins n'est pas l'ennemi du mieux. En près de quarante minutes c'est tout un paysage qui se déploie devant nos oreilles, un ensemble d'immenses étendues interrompues, ici ou là par quelques pics où l'homme n'est pas le bienvenu, un milieu dans lequel il doit jouer des coudes avec les éléments, se battre contre les vents, se déplacer sur une multitude de surfaces toutes plus inconfortables et instables que les autres, un de ces lieux où les points de repère s'évanouissent et où les écueil, nombreux, se multiplient. Les seuls éléments purement humains, voix présentes dans le deuxième mouvement et comme échappés des communications d'un brise-glace nucléaire russe, nous rappellent, par leur irréelles présences, comment la nature dans son acceptation la plus sauvage peut être belle et belle parce que sauvage.
Réalisée de main de maître, imbriquant les sons purement naturels aux nappes synthétiques noyées dans la réverbération, l'auditeur ayant cessé de démêler les uns des autres, Thomas Köner, au pupitre, réalise un magnifique film pour nos oreilles nous laissant pétrifié, intact et nu devant les majestés étalées. Un disque pour les amoureux des contrées glacées, dont votre serviteur et chroniqueur est un digne représentant.


mercredi 25 mars 2009

LIGHTWAVE "Tycho Brahé"

















LIGHTWAVE
"Tycho Brahé"
Crystal Lake, 1992 

Fathom/Hearts Of Space, 1993
Horizon Music, 2006.


Deuxième album pour ce duo (qui deviendra trio avec l'adjonction de Paul Haslinger ex-Tangerine Dream) composé de Christian Wittmann et Christoph Harbonnier qui officie dans les musiques électroniques depuis une vingtaine d'années maintenant et qui possède à son actif huit albums croisant dans les parages des musiques atmosphériques en dignes héritiers des grands anciens allemands (Tangerine Dream et Klaus Schulze en tête) et de Brian Eno.

A l'instar du grand astronome danois Tycho Brahé auquel ce disque est dédié, il s'agit de bien observer la musique qui se dégage de ces 10 pièces d'orfèvre. Car ici il n'est point question d'écoute hasardeuse ou oisive, il faut s'y imprégner entièrement et laisser son être se faire happer par la matière en mouvement, par l'évolution macroscopique autant que microscopique de longues trames flottantes. On se plait à dévisager des astres, à matérialiser les longues trainées des comêtes après leurs passages dans le vide intersidéral. Radicalement mis en son, rien n'est ici fait pour s'arrêter sur le bord de la route, le transport est facilité, le voyage s'avère cotonneux et riche en rebondissements alors que nous frôlons parfois des planètes aux contours menaçants et même si les trous noirs restent toujours présent dans les têtes de ces aventuriers des mondes sonores inédits. Ici par contre point de mélodies clairement identifiées. Volontairement abruptes et arides, ces peintures acoustiques se construisent par touches synthétiques analogiques fines et délicates soulignées ici ou là par de sombres nappes furtives. Cet a priori fait les délices des disques de Lightwave, à l'opposé des musiques cosmiques des années 70 et leurs tapis séquencées bornant notre écoute ou même de la répétition des musiques ambientes, la musique du duo s'appréhende comme un cheminement vers l'inconnu, chaque plan qui découle du précédent étonne par la voie choisie, surprend tout en poussant la curiosité plus loin.
Le disque se termine et l'aventure qui vient de s'écouler nous a semblé brève et insaisissable tout en ayant en même temps la sensation intime d'avoir ingurgité plus de matière qu'il n'y parait.




LIGHTWAVE "In der unterwelt"

















LIGHTWAVE
"In der unterwelt"

Plans sonores, 1996.


"In der unterwelt" est une pièce de vingt minutes issue d'une performance intitulée "Ich Poenix" qui eut lieu au "Gasometer" d'Oberhausen en Allemagne en 1996.

"Gasometer"d'Oberhausen
La matière était produite à partir de 24 canaux interactifs et ce de manière aléatoire. Le résultat est peut-être la musique la plus radicalement expérimentale que Ligthwave ait produite. Aux sources électroniques et échantillonnées ont été ajoutées des textes d'Hölderlin récités en allemand par Petra Gehrmann et Cecilia Trip. Ces voix parfois susurrées, parfois scandées, ajoutées à une musique métallique et industrielle aux contours changeants et polyformes, fait songer immédiatement au Kluster des albums de 1971, "Klopfzeichen" et "Zwei-osterei". La matière générée, brute et pas spécialement abordable, éloigne, si on pouvait encore en douter, à tout jamais le groupe des limbes et reliques "new-age" et le rapproche immanquablement de ce qui se faisait de plus radical dans cette école allemande des années 70.

L'atmosphère est volontairement sombre et inquiétante et on imagine l'impact décuplé que pouvait donner cette musique dans son écosystème originel, le Gasometer ressemblant à un immense cylindre de 120 mètres de haut, reliquat du passé industriel de la Ruhr.

Tristan Murail "Portrait"


















Tristan Murail
"Portrait"
UNA-CORDA/ACCORD, 1995.


Tristan Murail est né au Havre en 1947 et a suivi la classe de composition d'Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris. Il a été, dans les années 70 - aux cotés d'autres figures comme Gérard Grisey, Michael Levinas ou Hugues Dufourt - le grand propagateur et chef de file de la musique dite "Spectrale", basée sur l'étude des propriétés physiques et acoustiques du matériau sonore, il a en outre publié de nombreux articles théoriques sur l'acoustique et l'informatique musicale.
La première pièce qui compose ce "Portrait" est aussi sa première composition, ce "Couleur de mer" (1969) évoque une atmosphère étouffante où des amas de cuivres et de titanesques percussions viennent se briser violemment sur d'oppressantes cordes. Il n'est pas incongru d'évoquer son aspect impressionniste ou comme le dit l'auteur nous assistons aux ondulations de "Le mer telle que je la voyais au Havre : mer profonde et sauvage".
"L'attente" (1972), superbe pièce longiforme et horizontale, fait de flux et de reflux, de tension et de détente, nous fait palper l'attente passionnée de LA personne, telle une caméra subjective nous croyons l’apercevoir au détours d'une rue et aussitôt les instruments s'agitent, le cœur bât la chamade, le sang frappe aux tempes et puis non finalement, erreur, confusion... pour de nouveau retomber dans l'attente.
"Treize couleurs du soleil couchant" (1978) ou le changement imperceptible et progressif d'une longue trame, dérive de matière, bouillonnement interne comme si des forces faisaient bouger une coque externe sans pouvoir s'échapper. Aux violon et clarinette saturés répondent glissandos et notes étranges sortant d'instruments non identifiés comme si leur timbre avait été génétiquement modifié. Musique solaire, cosmique aux couleurs fauves, imbrication de micro et macro évènements.
"Attracteurs étranges" (1992) est une pièce commandée à l'occasion du 70ème anniversaire de Iannis Xenakis, peut-être le véritable père spirituel de cette fameuse école spectrale. Composée pour violoncelle seul, le résultat est étonnant pas la variété des sonorités sortant de l'unique instrument. Il se dégage de cette musique des figures géométriques d'une rare beauté comme un hommage vibrant au plus mathématicien des musiciens et plus musicien des mathématiciens.
Le disque se termine par la fascinante "Barque mystique" dont le titre emprunté à une série de peintures pastels d'Odilon Redon résume bien l'esprit autant symbolique qu'abstrait, l'univers maritime semble là à porté de main et tout se brise, comme le déroulement des séquences d'un rêve dont les parties ne semblent pas correspondre les unes aux autres mais dont l'ensemble, par recul, fait ressortir la véritable cohérence quasi horlogère. Piano grave et percussif... brisure... silence... résonances... barque mystique sur mer énergique... beauté symbolique... beauté tragique.
Les cinq pièces de ce disque présentent des époques et des tempéraments différents et éclectiques comme pour résumer l'évolution du compositeur, avec forcément les aléas liés à ce genre d'exercice dont le raccourci n'est pas le moindre. Mais il présente aussi une bonne porte d'introduction à l'univers contrasté et énergique de ce compositeur français.

jeudi 18 décembre 2008

Quand la pop créait ses propres laboratoires

Qui se souvient d'un temps que les jeunes de 40 ans n'ont pas connu effectivement, un temps soigneusement mis à l'écart, compacté dans une mémoire, infime trace d'un ailleurs en passe de disparaitre, un temps donc où les musiques dites populaires n'avaient d'autres ambitions que de fournir matière aux bals champêtres ? Qui se souvient qu'en ces même temps immémoriaux, les musiques dites savantes ou expérimentales ne pouvaient, sous peine d'excommunication, se joindre à la masse grouillante des individus communs qui, parce que communément humains, ne pouvaient détenir les armes pour comprendre ce qu'ils entendaient ? Il fallut quelques hérétiques pour comprendre que ces murs infranchissables n'étaient que pures constructions mentales, des individus frondeurs qui, comme Pierre Schaeffer et Pierre Henry, reprenant la question à zéro commencèrent à échafauder une relation particulière avec leurs auditeurs, tout bonnement ils se soucièrent de la réception de leur art par ceux pour lequel il était destiné. Car la mise en perspective en art est aussi importante que sa partie constructive.


Tout ce travail de fond ne pouvait que rencontrer une génération de jeunes gens tout fraichement sortis d'universités en pleine ébullition en ces années soixantes finissantes. Une période avec ses excès certains, son nihilisme à peine masqué et ses libérations tout azimuts, l'intérêt ne portant pas sur le comment du pourquoi mais sur la libération de tout, de la liberté même, rien ne devant résister à l'énorme machine à libérer qui venait de se mettre en marche. Il convient de garder du recul et un sens critique sur ces "évènements" mais là n'est pas la question, cette force de libération remettait en jeu forcément la tradition et trouvait étrangement des points de jonction avec d'autres forces qui étaient déjà là depuis plusieurs années, les laboratoires institutionnels de création musicale comme le GRM en France, le groupe autour de la RAI en Italie, celui autour de la WDR en Allemagne ou de certaines sections de recherches des universités américaines avaient déjà depuis les années 40/50 mis en jeu l'idée même de musique ou tout au moins sa relation avec le son et sa parenté avec le monde des bruits.
Le plus souvent sans connaitre réellement ou de seconde main, les créations et les théories qui les ont précédé et ont défriché le terrain, certains groupes de musique pop se retrouvèrent sans s'en rendre réellement compte en un point où la proximité avec les musiques savantes était confondante. Avançant avec leurs visions particulières, usant de matériaux et de techniques inusités, détournant les us et coutumes, cherchant un ailleurs, ces laboratoires "malgré eux" fournirent les créations les plus déterminantes d'une pop musique encore toute jeune.
C'est l'histoire perdue de cette filiation que je vais essayer modestement de vous conter.



PREMIÈRE EXPERIENCE

Bruit blanc et messe noire


White Noise, bruit blanc, autant annoncer la couleur d'entrée de jeu, ce "groupe" est né de l'esprit torturé de David Vorhaus américain intéressé par le son, l'acoustique, les possibilités infinies des traitements et manipulations électroniques mais aussi par les musiques pop et psychédéliques en plein épanouissement en ces années 1967/68, il sera même l'acquéreur d'un synthétiseur EMS VCS3 numéroté 001. Ce projet est né aussi de sa rencontre avec deux personnalités fortes, Delia Derbyshire et Brian Hodgson, tous deux membres du BBC's Radiophonic Workshop, le studio de création musicale de la BBC créé en 1958 et qui servait non seulement pour les musiques des productions maisons mais aussi pour tout ce qui était bruitages sonores, en utilisant les techniques analogues aux musiques concrètes françaises : travail sur bande, accélération, inversion, interpolation, collage multipistes... autant dire que la rencontre fut capitale.



Et ça s'entend sur ce premier album : "An electric storm", sorti en 1969 sur le label Island, on est loin d'un hypothétique micro-label indépendant underground, comme quoi tout était encore possible à cette époque reculée. Nous sommes loin aussi des petites ritournelles pour adolescents sages, même dans les petites saynètes de la première face, rien ne semble aller de soi, les déraillements rythmiques, les changements de plan, les aller-retour par traitements électroniques entre les premiers plans et la scène arrière, les maquillages sonores multiples, les mélodies bancales, tout porte à croire que nous somme en terrain connu pour finir perdu au milieu de nulle part. Le gros morceau de ce disque se trouve être la face B, composé de deux pièces "The visitations" et la bien nommée "The black mass : an electric storm in hell". En 20 minutes nous assistons médusés à un pilonnage sonore rarement atteint par un groupe pop, "The visitations" nous introduit dans un monde de faux semblants, fait d'orgues triturés, de bruitages électroniques et de concassage de voix féminines pleureuses ou masculines presque martiales, en passant par des temps électroacoustiques à base de mille feuilles bruitistes, entre atmosphère vaporeuse et inquiétude réelle, mais tout ceci n'était qu'hors d’œuvre avant l'arrivée de la fameuse messe noire, cauchemardesque, agressive, déstabilisante, rarement un groupe pop n'avait déployé autant de violence, d'impact sonore, à faire passer les groupes de "hard-rock" naissants pour de joyeux drilles. Les sons saturés, tournoyants, voilés, sortent de toute part, tels des êtres maléfiques sortants de leurs caches, ils vont et viennent agressant les modestes passants qui se seraient égarés là croyant y trouver matière à planer. Rien, ici, n'est fait pour rester calmement et confortablement assis, même la rythmique martiale et tribale du batteur de free-jazz Paul Lytton renforce le sentiment d'insécurité, brassée par les effets elle virevolte pour s'évanouir et ressurgir plus loin défigurée par les attaques. Le travail sur la mise en scène sonore est stupéfiante et rejoint en sauvagerie le travail d'un Pierre Henry ou d'un Iannis Xenakis.
Après ce disque, passé relativement inaperçu à l'époque de sa sortie, le laboratoire White Noise, continuera de sortir des disques, sans malheureusement retrouver la hargne et l'intelligence de ce premier disque. A noter que David Vorhaus réalisera en 1974 la musique de l'unique et stupéfiant film de Saul Bass "Phase IV", musique uniquement électronique, ténébreuse et oppressante, un peu à la manière du travail que réalisera Popol Vuh avec Werner Herzog.

mardi 9 décembre 2008

Festival PRESENCES ELECTRONIQUE


Festival Présences Electronique 2009, dans le cadre de la programmation du GRM :
Vendredi 13 mars
16h
Salle 200 : concert couché
Philip Jeck

18h
Studio 4 : concert dans le noir
Luc Ferrari

20h
Salle 400 :
Alain Savouret + Frank Vigroux & Kenji Siratori + Benjamin de la Fuente + DJ. Olive

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Samedi 14 mars
16h
Salle 200 : concert couché
Kernel (Eryck Abecassis + Kasper T. Toeplitz + Wilfried Wendling)

18h
Sudio 4 : concert dans le noir
Denis Dufour

20h
Salle 400
Christine Groult + Sachiko M + Cor Fuhler + Thomas Ankersmitt + ErikM & FM Einheit + Mika Vainio

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Dimanche 15 mars
16h
Salle 200 : concert couché
DJ. Olive

18h
Studio 4 : concert dans le noir
Bernard Parmegiani

20h
Salle 400
Denis Smalley + Mimetic & Phil Von + KK Null + David Toop + Charlemagne Palestine

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Concerts gratuits, dans la limite des places disponibles.
Places à retirer 1h avant le début du spectacle.

Au CentQuatre
104, rue d'Aubervilliers/5, rue Curiel
75019 Paris.