lundi 12 novembre 2012

David Sylvian & Holger Czukay "Plight & Premonition"


David Sylvian & Holger Czukay
"Plight & Premonition"
Virgin, 1988.


David Sylvian fasciné, dans ces années 80 finissantes, par les créateurs pop les plus en pointe des années 70, après avoir collaboré avec Robert Fripp ou Jon Hassell sur ces précédents albums, réalise un genre de rêve pour toute cette génération de jeunes gens issus de la new-wave, réaliser un album avec le bassiste du mythique groupe allemand CAN et qui plus est l'enregistrer dans leurs non-moins mythiques studios à Cologne sur leurs terres allemandes.
Improvisé et enregistré en deux nuits, sûrement dans ces régions temporelles ambivalentes où le sommeil veut s'imposer et contre lequel le cerveau et les muscles produisent quantité de défenses afin de lutter contre ses doux et insistant appels.
Car ce qu'on entend dans ces deux pièces de près de vingt minutes, binôme en rappel au bon vieux temps des longues fresques du rock allemand, est d'une évanescence, d'une transparence et d'une fluidité qui fait penser aux sentiments que l'on peut ressentir lorsque dans cette phase très particulière entre la veille et le sommeil léger notre conscience par encore totalement endormie capte des stimuli extérieurs, les intègres, les ingères et leur fait jouer un rôle autre, comme un événement accidentel qui s’insérerait dans le scénario d'un film en plein tournage, état hypnagogique propice aux hallucinations et autres troubles sensoriels.
Confortablement allongé sur un matelas électronique ondulant, nous entendons défiler tour à tour les fréquences d'une radio imaginaire ou réelle, les voix de communications dans une langue que l'on devine venant de l'est, mais que bizarrement nous ne connaissons pas et quantité d'autres événements non identifiés, vrilles bruitistes mais non agressives, fantômes sonores, nappes brumeuses, cliquetis, télégraphe venant d'un autre monde, déraillements harmoniques abruptes, flûtes "volantes", piano déformés, cordes masquées, filtrées par on ne sait quel filtre.
Nous passons en moins de quarante minutes un véritable rêve éveillé au milieu de quantité de corps sonores dont les provenances nous auraient été cachées. Un bien beau voyage dont l'étape discographique suivante, avec toujours les même intervenants (plus d'autres membres de CAN), nous parlera de flux et de mutations.


 

Aucun commentaire: