lundi 6 janvier 2014


















DANIEL MENCHE
"Glass forest"
Important records, 2008.

Le froid et le paysage qu'il génère m'ont toujours fasciné. La pétrification des objets et de la nature, la pureté blanche des étendues figées et le silence létal qui en résulte me procurent un sentiment, paradoxalement, de quiétude et de sécurité. Comme si le tumulte de la vie quotidienne et l'irrémédiable et compulsif saut en avant s'arrêtaient pour un instant, le froid imposant ses codes, son propre rythme, son appréhension de la vie, ses impératifs singuliers comme la goutte suspendu au bout du bout d'une stalactite. L'inconfort d'un climat froid implique des mécanismes de défense et d'adaptation qui bouleversent notre rapport à la nature et avec nos congénères, il impose une rigueur, des stratégies de survies et une coopération qui restent rivées à une stricte économie des ressources et des dépenses de tous les êtres vivants peuplant ces aires géographiques.
Dans la sphère des musiques expérimentales et plus particulièrement celles dont la thématique tourne autour du froid, ce "Glass forest" de Daniel Menche pourrait se placer comme un énième avatar d'une longue file indienne de productions. On peut citer "Amarok" ou "Wind" de Francisco Lopez, les productions de Thomas Köner comme son excellent "Permafrost" ou son dernier, le superbe "Novaya Zemlya", chroniqué ici même, "Portrait d'un glacier (Alpes, 2173m)" de Lionel Marchetti, la pièce "Vatnajökull" extraite du "Weather report" de Chris Watson, le "Baikal ice" de Peter Cusak, et on pourrait continuer pendant encore un moment cela ne prouverait qu'une seule chose, si jamais preuves devaient être apportées, que la musique expérimentale n'est pas restée de glace (hum!) devant les étendues glacées.
Tout naturellement ce "Glass forest" se place dans la lignée de ces productions pré-citées, comme si un climat ne pouvait produire qu'une typologie sonore bien définie, banal truisme me direz-vous ? Et pourtant d'un disque à l'autre d'étranges variations, différences, recompositions, déformations se confrontent, s'établissent et suivant que le compositeur "parlera" d'un glacier d'altitude et d'un autre se désagrégeant dans les eaux de plus en plus chaudes des océans, leurs vibrations et leur acoustique générale changeront du tout au tout. Petite précision, mais de taille, nous parlons ici d'une musique qui n'utilise que ce que les anglo-saxons appellent des "fields recordings", autrement dit des enregistrements de terrains, c'est à dire que les compositions qui nous sont données à entendre ne sont réalisées qu'à partir de prise de sons de glaciers, de tassements de neige, craquements de branches sous le poids de la neige, de paysages ou de foret en train de geler ou de dégeler comme dans ce "Glass forest" où dans le deuxième mouvement (l’œuvre comporte trois "mouvements" comme la forme "classique") on assiste à une véritable symphonie pour orchestre de gouttes, alors que dans le premier nous ressentions la lente fixation dans l'immobilité de géants verts, comme saisis et retenus par une force invisible qui les stopperaient net, leur vie encapsulée dans un exosquelette de verre.
Mais trop en dire serait sacrilège et conduirait à réduire à néant l'effet de surprise des différents déroulements de la musique de ce disque. Encore une fois et surtout pour ceux qui connaissent les (nombreux) précédents disques de l'américain, Daniel Menche arrive à captiver par son talent de composition et ce qu'importe les sources utilisées ou les thèmes abordés. Pour les amoureux des territoires de "verre" ce disque est un nouveau bloc de glace apporté à l'édifice.


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